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2.3 Les relations internationales

2.3.1 Les droits de l'homme
2.3.2 Le patrimoine mondiale de l'humanité
2.3.3 Une guerre de civilisation?

Site: Philpot Education
Course: French B Support Site
Book: 2.3 Les relations internationales
Printed by: Guest user
Date: Monday, 27 June 2022, 6:18 PM

2.3.1 Les droits de l'homme

Les droits de l’homme ou droit de la personne ont été adoptés par l’Assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948 suite aux aberrations de la seconde guerre mondiale. La Déclaration Universelle est document fondateur qui s’inspire à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 pendant la Révolution française. Selon la doctrine qui les a inspirés, out être humain – en tant que tel et indépendamment de sa condition sociale – a des droits « inhérents à sa personne, inaliénables et sacrés », et donc opposables en toutes circonstances à la société et au pouvoir. L’article premier affirme le principe que «  tous les hommes sont égaux et libres en droit ».

Voici les droits fondamentaux :

  • le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne
  • la liberté d’association, d’expression, de réunion et de déplacement
  • le droit au meilleur état de santé susceptible d’être atteint
  • le droit à ne pas faire l’objet d’arrestation ou de détention arbitraire
  • le droit à un procès équitable
  • le droit à des conditions de travail justes et favorables
  • le droit à des conditions adéquates de nourriture, de logement et de sécurité sociale
  • le droit à l’éducation
  • le droit à une protection égale de la loi
  • le droit à ne pas faire l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance
  • le droit à ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants
  • le droit à ne pas être soumis à l’esclavage
  • le droit à une nationalité
  • la liberté de pensée, de conscience et de religion

Ce concept à la fois juridique et philosophique par extension concerne aussi les droits des enfants, les droits des femmes, les droits des détenus...

Image 2.3.1d – source : le petitquotidien.fr

Pour réfléchir…

À l’aube du nouveau millénaire, les questions sur les droits de l’homme concerne la croisée entre le développement et les droits. Quel rôle jouent la pauvreté et les inégalités économiques en matière des droits de l’homme ?

Pour en savoir plus, lisez le texte 1 en accordéon.

Texte 1 – La plus flagrante violation des droits de l’homme

La plus flagrante violation des droits de l’homme
par Joseph Wrisinski, 2003

La misère est la violation la plus flagrante et la plus totale des droits humains, car elle atteint l'homme non pas dans un droit particulier mais dans la totalité de ses droits. Pour celui qui demeure analphabète, privé d'instruction mais aussi d'information, de moyens de communication et d'organisation communautaire et collective, la liberté politique dans le monde moderne demeure lettre morte.

Tout comme la liberté politique demeure lettre morte pour l'homme affamé ou accablé de misère générale et qui est réduit totalement à la dépendance de l'assistance d'autrui. Comme le dit si bien la sagesse africaine : « L'homme pauvre ne peut avoir que l'opinion du maître dont la main le nourrit ». Nul besoin d'insister comment, en Europe occidentale, les chômeurs chroniques, les bénéficiaires d'une assistance publique de longue durée ne peuvent avoir aucun poids politique : peu importe alors la liberté qui leur est théoriquement reconnue.

Quelles leçons tirer de cette réalité en termes de propositions ?

Quant à l'action à entreprendre, ma première proposition concerne la réaffirmation de la source même des droits de l'homme. Il ne peut exister un droit de l'homme qui fonderait les autres. C'est la nature même de l'homme qui fonde l'ensemble de ses droits, et ses droits sont interdépendants, indissolublement liés les uns aux autres, et tous de valeur égale. L'existence de la misère nous le rappelle, et nous rappelle aussi que depuis 1948, nous ne sommes pas allés jusqu'au bout de notre analyse. N'est-ce pas cette absence d'une analyse globale et fondamentale qui nous a fait considérer le manque de liberté politique, la torture, les disparitions involontaires et même l'apartheid comme des problèmes en soi, que l'on pourrait résoudre en tant que tels, indépendamment des actions à mener en faveur des autres droits de la Déclaration universelle de 1948 ? Faute d'analyse plus fine, nous n'avons pas compris que nous avions là affaire à des manifestations d'un mal beaucoup plus profond, un mal qui consiste à nier la nature même de l'être humain dans sa globalité : quand un droit est bafoué, ce sont tous les droits qui sont bafoués.

C'est ce mal fondamental que révèle la misère. La misère n'est pas seulement la négation de tel ou tel droit, mais la négation de la nature de l'homme qui fonde l'ensemble de ses droits sociaux, économiques, culturels, spirituels et bien sûr aussi politiques. Ma première proposition est donc que nous réaffirmions ceci clairement face à l'opinion mondiale.

Ma seconde proposition sera évidemment que nous veillions désormais à ce que l'essentiel de notre action pour le respect des droits de l'homme porte en priorité sur le combat contre la misère, sans abandonner les combats et luttes pour garantir l’un ou l'autre droit en particulier. [...]

En conclusion, dans cette nécessaire approche globale des droits de l’homme que nous rappelle la misère, nous devons avoir l'humilité de reconnaître qu’en matière de droits de l’homme et en matière de démocratie, il n'y a pas de maîtres : nous sommes tous des apprentis qui ont encore beaucoup à apprendre et à réaliser. Il n'y a pas de juges, car nous avons tous à notre déficit, à notre compte, d'énormes lacunes. L'approche globale des droits de l’homme par le creux de la misère nous place tous au même rang. En plus, cette approche globale pourrait mettre en sourdine bien des accusations mutuelles. Elle pourrait démultiplier les occasions d'un consensus international et former une nouvelle base de consolidation de la paix.

Joseph Wresinski (mai 1985) « Lutter contre la misère c'est lutter contre la plus flagrante des violations des droits de l'homme » (Avant-propos au rapport moral 1984 d'ATD Quart Monde).

Existe-t-il une hiérarchie dans les droits de l’homme ?

Sont- ils réellement opposables ?

Peuvent-ils se concrétiser dans des conditions de misère ?

Où en sommes-nous quant au rôle des femmes dans les sociétés humaines ?

Activité 1

 Regardez la vidéo ci-contre et discutez cette question.

«  Ces droits des enfants trouvent-ils application dans les pays développés ? »

screenshot

Vers l’oral Interactif

Les droits des femmes sont bafoués dans beaucoup de pays du monde, regardez les premiers 4 minutes de cette vidéo d’EURONEWS et complétez la fiche texte 2.

Vers l’oral Individuel

Choisissez l’un des ces stimuli visuels et préparez un exposé d’au moins 4 minutes.

Production écrite

Rédigez le texte du discours que vous allez prononcer dans le cadre du MUN pour discuter la violation des droits particuliers (des femmes, des enfants...) dans le pays qui vous a été attribué.

Comment? Consultez la page 14.1.10 pour réviser les stratégies d’écriture du discours.

Section B niveau supérieur

« Les droits de l’homme seraient-ils utopiques ?». Discutez cette affirmation en exprimant votre point de vue en 150 à 250 mots.

2.3.1a

Image 2.3.1a

Textes et fiches à télécharger

Texte 1
Texte 3
Fiche texte 1 Word | PDF
Fiche texte 2 Word | PDF
Fiche texte 3 Word | PDF

2.3.1b

Image 2.3.1b – L’héritage historique de la Révolution française

Lexique thématique

  • droit
  • organisation
  • bafouer
  • inaliénable
  •  sacré
  • fondamental
  • appliquer
  • opposer un droit
  • juridiction
  • universel
  • particulier
  • dignité

2.3.1c

Image 2.3.1c – Les violations des droits de l’homme dans le monde

Profil de l’apprenant

Equilibré et informé : L’apprenant reconnaît l’interdépendance avec les autres et dans le monde où nous vivons, il s’intéresse à des questions à l’échelle locale et globale.

2.3.1e

Image 2.3.1e – Liberté guidant le peuple

Théorie de la connaissance

Les droits de l’homme sont-ils liés à la culture ?

2.3.1f

Image 2.3.1f – Les droits de l’homme sont universels, mais sont-ils universellement opposables ?

Concept

Droits de l’homme
Liberté à laquelle toutes les hommes ont droit en tant que êtres humains sur un pied d’égalité.

Droits universels
Droits qui existent et qui s’appliquent quel que soit le droit en vigueur dans l'Etat ou groupe d'Etats où il se trouve, quelles que soient les coutumes au niveau local, liées à l'ethnie, à la nationalité ou à la religion.

2.3.1g

Image 2.3.1g – Caricature Ghir Hak, Les Débats | 2014

Texte 3 – Le rôle des Nations Unies pour faire respecter les droits de l’homme

Le rôle des Nations Unies pour faire respecter les droits de l’homme
par Susan Markisz, 2016

Les normes fixées par les conventions et les pactes internationaux ont été renforcées par des déclarations et des plans d’action adoptés à l’issue d’une série de conférences mondiales organisées par l’ONU. Ces conférences sont devenues d’importants forums où se décident les politiques nationales et internationales sur des questions mondiales comme l’environnement, les droits de l’homme et le développement économique. Elles attirent l’attention de la planète sur ces questions et les font figurer en bonne place parmi les préoccupations mondiales.

Dans le domaine des droits de l’enfant, les activités de l’UNICEF s’inspirent du Sommet mondial pour les enfants (1990), de la Conférence mondiale sur l’éducation pour tous (1990), de la Conférence mondiale sur les droits de l’homme (1993), du Sommet mondial sur le développement social (1995), de la Quatrième conférence mondiale des femmes (1995), du Sommet du Millénaire (2000), et du Sommet mondial et de la Session extraordinaire consacrée aux enfants (2005). La Conférence mondiale sur les droits de l’homme de 1993, notamment, a reconnu les droits de l’enfant comme un domaine d’action prioritaire au sein du système des Nations Unies. Pendant la Session extraordinaire consacrée aux enfants de 2005, les États membres se sont engagés à améliorer la situation des enfants.

Autres mécanismes de protection des droits de l’homme
L’ONU soutient le respect de la législation et la protection des droits de l’homme de beaucoup d’autres façons, entre autres :

-surveillance de la situation des droits de l’homme dans les pays : les organes de suivi des traités reçoivent une assistance technique, logistique et financière des Nations Unies. L’ONU s’est également dotée d’un Haut Commissariat aux droits de l’homme, dont le mandat est de promouvoir et de protéger l’application et le plein exercice des droits individuels de tous.

-« Procédures spéciales » pour faire face à des situations spécifiques dans un pays ou à des problèmes plus généraux : les Nations Unies peuvent aussi nommer des experts (parfois appelés rapporteurs spéciaux, représentants ou experts indépendants), pour remédier à un problème spécifique en matière de droits de l’homme, ou qui se pose dans un pays particulier. Ces experts peuvent effectuer des études, partir en mission dans les pays, interviewer les victimes, lancer des appels spéciaux et soumettre des rapports et des recommandations.

Parmi ces procédures, plusieurs sont spécifiques aux enfants et un grand nombre d’autres, de nature plus générale, font de plus en plus référence aux droits de l’enfant. Les procédures spécifiques aux enfants comprennent la nomination d’un Rapporteur spécial sur la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie impliquant des enfants; et d’un Représentant spécial du Secrétaire général sur l’impact des conflits armés sur les enfants.

Un grand nombre de procédures plus générales tendent à incorporer des références aux droits de l’enfant dans le contexte de leur mandat particulier. On peut citer par exemple la création de Rapporteurs spéciaux sur le droit à l’éducation; la torture; les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires; la violence contre les femmes; la liberté de culte ou de religion; et sur les formes contemporaines du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l’intolérance qui lui est liée. Un Expert indépendant sur les droits de l’homme et la pauvreté extrême a aussi été nommé.

Les Rapporteurs spéciaux chargés de pays spécifiques—qui surveillent le respect des droits de l’homme dans certains pays et régions et sont habilités à recevoir des plaintes individuelles—et le Représentant du Secrétaire général chargé des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, ont aussi signalé séparément les violations des droits de l’enfant. D’autres mécanismes pertinents comprennent les Groupes de travail sur les disparitions forcées ou involontaires et sur la détention arbitraire.

http://www.unicef.org/french/crc/index_30198.html

2.3.2 Le patrimoine mondiale de l'humanité

L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation et la culture, l’UNESCO, par son comité présente la liste des biens constituant le patrimoine mondial culturel et naturel. Pour figurer dans cette liste qui compte plus d’un millier de sites éparpillés dans le monde entier, il faut que les sites aient une valeur exceptionnelle en satisfaisant au moins un des critères.

Image 2.3.2e – La ville de Bruges, site du patrimoine en Belgique

Pour commencer...

En groupe discutez quels seraient les critères à la base de la sélection du comité international.
En suite comparez vos résultats avec ceux affichés dans la page web officielle de l’UNESCO.
Regardez aussi la vidéo ci-contre : « Expliquez-nous le Patrimoine mondial...

whc.unesco.org/fr/criteres/

Pour réfléchir...

Regardez l’image ci-contre illustrant le plan des sites du Patrimoine Mondial.

Image 2.3.2b – plan des sites UNESCO source : unesco.org

Où -y-a-t-il une concentration de sites dans le monde ? Quelle région du monde a le moins de sites ? Regardez en suite l’image ci-contre et comparez avec vos observations et anticipations.

Pour aller plus loin...

Menez une recherche sur les sites de votre pays d’origine qui ont été récemment proposés à la sélection du Comité du patrimoine, choisissez le site que selon vous mérite d’y faire partie et préparez un exposé pour le promouvoir à vos camarades. Un comité d’élèves va décider les sites qui remplissent le mieux les critères.

Vers l’oral individuel

Tour d’horizon des sites de France. Regardez les images dans la gallérie et téléchargez la fiche de travail. Lisez les légendez et associez les images aux légendes. Certaines images seront dépourvues de légende. Rédigez-la après avoir fait une recherche sur l’internet.

Vers l’oral Interactif

Écoutez attentivement l’extrait vidéo  de arte et complétez la fiche texte 2.

2.3.2a

Image 2.3.2a – Le comité

Textes et fiches à télécharger

Texte 1
Fiche de travail Word | PDF
Fiche texte 1 Word | PDF
Fiche texte 2 Word | PDF

2.3.2c

Image 2.3.2c – L'Unesco

Lexique thématique

  • site
  • valeur
  • héritage
  • exceptionnel
  • époustouflant
  • monument
  • ruines
  • site archéologique
  • site antique
  • préservation

2.3.2d

Image 2.3.2d – Qu’est-ce qu’on valorise ?

Profil de l’apprenant

Chercheurs, ouverts d’esprit et informé : L’apprenant cultive sa curiosité et ses capacités de recherche. Il porte aussi un regard critique et ouvert sur le monde  tout en acquérant des connaissances plus approfondies.

2.3.2f

Image 2.3.2f – Le plan des sites du Canada

Théorie de la connaissance

Pourquoi le Patrimoine du monde est à préserver ? Peut-on le comparer à la mémoire de l’humanité ?

Production écrite

Rédigez une brochure illustrant les sites de votre pays d’origine. Comment? Consultez la page 14.1.10 pour réviser les stratégies d’écriture de la brochure.

Section B niveau supérieur

« Il est de la responsabilité de tous de veiller à ce que les nouveaux moyens de diffusion de l'information se traduisent par un enrichissement, et non un appauvrissement du patrimoine culturel mondial.». Discutez cette affirmation en exprimant votre point de vue en 150 à 250 mots.

Texte 1 – Pourquoi la destruction des monuments est-elle un crime ?

Pourquoi la destruction des monuments est-elle un crime ?
recueilli par Sabine Gignoux, 2016

Pour la première fois, un homme est poursuivi par la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre qui concernent des attaques contre des édifices religieux et des monuments historiques. Soupçonné d’avoir dirigé la destruction des mausolées de Tombouctou en 2012, le djihadiste malien Ahmad Al Faqi Al Mahdi comparaît devant la CPI, qui doit déterminer si les preuves sont suffisantes pour ouvrir un procès. Mechtild Rossler, directrice de la division patrimoine et du centre du patrimoine mondial à l’Unesco, explique cette procédure.

En quoi la destruction des mausolées de Tombouctou peut-elle être considérée comme un crime ?

Mechtild Rossler : Il y a eu, depuis mai 2012 à Tombouctou, des attaques très violentes et répétées contre le patrimoine culturel de cette ville. Quatorze des seize mausolées de saints musulmans classés au patrimoine mondial de l’Unesco ont été détruits et 4 200 manuscrits anciens de l’Institut Ahmed-Baba ont été brûlés. Environ 350 000 autres manuscrits, qui se trouvaient en grand danger, avaient heureusement pu être évacués par la population vers Bamako.

Ces destructions ont représenté un préjudice énorme et pas seulement pour le patrimoine. C’est l’identité culturelle et spirituelle de tout un peuple qui a été atteinte. En cela, ces destructions constituent bien un crime. La convention internationale de la Haye (1954) sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé prévoit d’ailleurs que leur destruction puisse être assimilée à un « crime de guerre ».Par ailleurs, les sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco sont protégés par la Convention de 1972 qui a été ratifiée par 191 pays. Si un site est menacé, l’humanité tout entière se doit donc de réagir. Le conseil de sécurité des Nations unies a d’ailleurs adopté plusieurs résolutions dans lesquelles il a condamné fermement ces destructions de Tombouctou.
Il a aussi inclus la préservation des  sites culturels maliens dans le mandat des troupes de la Minusma (1), en collaboration avec l’Unesco.

Les poursuites engagées par la procureure de la CPI s’inscrivent dans cette même direction. Quant à l’Unesco, son rôle est d’œuvrer pour préserver le patrimoine sur le terrain et de restaurer ce qui a été détruit quand cela est possible.

Cela l’a été à Tombouctou où les mausolées détruits ont tous été rebâtis…

M. R. : Oui, nous avons travaillé avec l’aide de la Banque mondiale, de la France, de l’Allemagne et d’autres pays pour reconstruire ces monuments. Cela a été aussi possible car il s’agit d’un patrimoine vivant, d’architectures en terre et les artisans locaux ont conservé les savoir-faire pour les entretenir.

Le chantier a été réalisé avec eux. Et en juillet 2015, la directrice générale de l’Unesco s’est rendue à Tombouctou pour inaugurer ces mausolées rebâtis. Le sauvetage de ce patrimoine est très important pour la population locale, car il représente aussi son futur. La préservation des manuscrits évacués à Bamako est aussi en cours. Il faut à la fois les restaurer physiquement, car ils ont souffert dans toutes ces pérégrinations, et les numériser car l’importance de cette bibliothèque est considérable, bien au-delà de Tombouctou : pour toute l’Afrique.

Les destructions de monuments ont dramatiquement continué ces dernières années, notamment à Palmyre, en Syrie. Peut-on envisager que d’autres criminels soient poursuivis à l’avenir ?

M. R. : Ce sera à la Cour pénale internationale de le déterminer. L’Unesco, une fois encore, ne peut que s’attacher à la protection du patrimoine. Malheureusement, tout ne pourra pas être rebâti. La reconstruction dans le cadre de la Convention du patrimoine mondial est en effet un sujet complexe, car les sites doivent garder leur authenticité. Les grands bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan (2), détruits par les Talibans, n’ont ainsi pas été reconstruits. En revanche, l’Unesco a aidé à consolider les niches qui abritaient ces Bouddhas et qui renferment des peintures exceptionnelles.

http://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Pourquoi-la-destruction-des-monuments-est-elle-un-crime-2016-03-02-1200743781

2.3.3 Une guerre de civilisation?

Le professeur à l’Université d’Harvard Samuel Huntington avait publié en 1996 un livre traduit en français par « Le choc des civilisations » (Odile Jacob). Ce livre fut considéré aux États-Unis comme la contribution la plus importante à l’étude des relations internationales depuis l’invention du concept de Guerre froide en 1947. D’après lui la nouvelle ligne de fracture dans les relations entre pays ne serait pas la conquête des territoires mais les frontières entre cultures et religions. Ce que montre Huntington tout au long de son livre, c’est que « la modernisation n’est pas synonyme d’occidentalisation ». Les peuples non occidentaux connaissent un développement économique florissant mais ne sont pas prêts à brader leurs valeurs culturelles et religieuses. La suprématie de la langue anglaise, du dollar et du Big Mac n’est qu’un phénomène superficiel qui n’a pas d’influence en profondeur sur les sociétés. La véritable nouvelle clé de l’histoire serait donc culturelle avant d’être économique ou politique.

Cette thèse repose sur un concept, celui de civilisation, qui se définit comme l’entité culturelle la plus large avant l’unité du genre humain et se caractérise essentiellement par la religion.

Image 2.3.3.b – Le choc des civilisation S. Huntington

Pour réfléchir…

De nombreux critiques ont reproché à Huntington le manque de consistance du concept de civilisation, son caractère artificiel au regard des conflits internes et des disparités qui subsistent dans chacune de ces grandes civilisations. Un tel découpage est-il pertinent ?
Le vrai clivage ne serait-il entre une société ouverte respectueuse des différences et libertés et une société close fondée sur la censure et la surveillance ?
Pourquoi la civilisation occidentale est considérée en déclin ?
À quoi est assimilée la politique étrangère menée par l’Occident au nom des droits de l’homme ? Qu’est-ce qui nourrit et exacerbe le rejet de cette culture ?
Les attaques sanglantes en Belgique et en France ne transcendent-elles l’appartenance religieuse ? Pourquoi représentent-elles une menace à l’islamisme modéré ?

2.3.3a

Image 2.3.3a – La burqua

Vers l’oral Interactif – Activité 1

Écoutez attentivement  le l’extrait audio et complétez la fiche texte 2.

Activité 2

Le débat entre les deux sociologues lance des pistes de réflexion. Comment vous vous situez par rapport aux deux points de vue en question ?
Divisez-vous en deux groupes et en vous appuyant sur des arguments justifiez votre position.

Introduire un point de vue

Voici quelques expressions utiles pour introduire votre point de vue :
  • Cette audition a été l'occasion d'une confrontation très utile qui a suscité de nombreuses suggestions et sujets de réflexion....
  • Cette contribution entend apporter des éléments de réflexion à ce sujet...
  • Face aux défis de la mondialisation, de nouvelles pistes de réflexion et d'action doivent être envisagées...

Production écrite

Vous êtes choqué(e) par un article xénophobe paru sur votre magazine préféré. Réagissez dans la rubrique des lecteurs. Comment? Consultez la page 14.1.2 pour réviser les stratégies d’écriture du courrier.

Section B niveau supérieur

« Il n’y a aucun choc des civilisations, il y a un choc des ignorances». Discutez cette affirmation de Tahar Ben Jelloun en exprimant votre point de vue en 150 à 250 mots.

Textes et fiches à télécharger

Texte 1
Fiche texte 1 Word | PDF
Fiche texte 2 Word | PDF

2.3.3c

Image 2.3.3c – Amour ou haine ?

Lexique thématique

  • mondialisation
  • globalisation
  • rejet
  • modernisation
  •  relativisme
  • différentialiste
  • société ouverte
  • Société close
  • terrorisme
  • modéré
  • fanatique
  • thèse
  • sociologue
  • attentat
  • islamophobie
  • choc

Profil de l’apprenant

L’apprenant reconnaît l’interdépendance avec les autres et dans le monde où nous vivons, il s’intéresse à des questions à l’échelle locale et globale.

Théorie de la connaissance

La culture représente-t-elle la ligne de fracture entre les hommes ? Peut-on véritablement parler de culture mondiale ?

Concept

Civilisation
Ensemble des caractères propres à la vie intellectuelle, artistique, morale, sociale et matérielle d'un pays ou d'une société. (Larousse)

Choc des civilisations
Selon Huntington le monde est divisé en civilisations qui seraient à la base des nouveaux conflits pour établir un nouvel ordre mondial.

Mondialisation
Le terme de mondialisation (l'anglicisme globalisation est parfois aussi employé) désigne le processus d'intégration des marchés et de rapprochement des hommes qui résulte notamment de la libéralisation des échanges, du développement des moyens de transport de personnes et de marchandises, et des retombées des technologies de l'information et de la communication à l'échelle planétaire...

Texte 1 – Choc des civilisations ? Non, choc des ignorances

Choc des civilisations ? Non, choc des ignorances
par Tahar Ben Jelloun, 2016

Les civilisations se rencontrent, se mélangent, se tissent, circulent et continuent leur chemin en se moquant bien de ce que nous pensons de leurs trajectoires, de leurs effets, de leur gloire et de leur décadence. Elles sont le corps et l’esprit de l’Humanité. Ce sont les hommes qui les ont nourries et ce sont parfois ces mêmes hommes qui les détruisent. Mais quelles que soient les brutalités dont est capable l’homme, elles se maintiennent ou du moins s’inscrivent dans le registre de l’histoire et témoignent. Elles sont la mémoire de l’humanité.

Ce sont des rivières, des fleuves nourris par d’innombrables ruisseaux charriant des matériaux venus de plusieurs continents, des mémoires d’une humanité qui a bâti des monuments extraordinaires puis les a détruits en faisant des guerres longues et inutiles. Toutes ces mémoires se déplacent à travers le temps, un temps qui n’est pas le nôtre, dans un espace divers et semblable, un temps que l’homme n’est pas capable d’imaginer. A aucun moment les civilisations ne se sont constituées en blocs de fer dans le but de produire des chocs. 

Cette idée du choc est une image inventée par un sociologue qui cherche à faire de l’effet, mais cette métaphore est basée sur quelque chose de faux parce que impossible. Du fait même qu’elles s’imbriquent et passent les frontières sans que personne ni rien ne peut les arrêter, elles ne se confrontent pas, elles s’assimilent mutuellement, se manifestent ici et là, parfois loin de leurs lieux d’origine, c’est ce qui fait illusion.
Evidemment il est plus facile de soulever des foules avec le thème du « Choc des Civilisations ». Il est plus courant de créer des foyers de guerres plutôt que de favoriser des processus de paix. L’homme fait son marché selon ses besoins et ses moyens. Il prend ce qui lui convient. Il peut être musulman ou évangéliste fanatique et utiliser les dernières découvertes de la science en médecine, en science de la communication etc. Car il sait qu’aucune civilisation en particulier n’appartient à personne. Aucune loi ne lui interdit de profiter des apports d’un pays à l’humanité. Aucune loi ne l’empêche d’entrer visiter un musée où sont exposés des merveilles du monde, d’aller écouter un concert ou un opéra, de visiter des sites archéologiques, de consommer des produits des cultures du monde. Nous sommes faits des temps passés et nous portons les traces de cette mémoire qui s’est constituée dans divers continents et à des époques très éloignées les unes des autres. A notre simple date de naissance on devrait ajouter quelques milliers d’années faites d’héritage transmis de générations en générations, et cela remonte à des temps tellement anciens qu’on est incapable de les situer. 
Il est des sociétés où les valeurs de civilisation sont plus ancrées que dans d’autres pays. Nous n’avons pas tous le même degré d’alphabétisation, les mêmes capacités pour accéder à la culture, les mêmes chances d’être en contact avec les chantiers de création etc. Nous ne vivons pas tous dans des Etats démocratiques, des Etats où le droit est la valeur fondamentale. La pauvreté peut être un handicap pour faire vivre les cultures. En même temps il est pays riches qui consacrent si peu de moyens au développement des cultures et des civilisations.
Il est des pays où la culture est sacrifiée au profit de l’armement. Ce qui n’empêche pas la population de vivre ses propres valeurs culturelles s’appuyant sur l’héritage des anciens. Mais l’homme n’a pas encore atteint cette sérénité sublime qui fait de lui un être culturel prenant le dessus sur l’être naturel.

Conférence prononcée par TBJ à Bard College, le 24 octobre 2010 ; New York