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10. Oral individuel · NS
Chapitre 10 · Un réseau peut-il transmettre une erreur ?
Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo, chapitre LXI. Le comte rend visite à un employé du télégraphe optique : les opérateurs transmettent des signaux de poste en poste. Dans cette scène, l’argent permet de détourner cette chaîne de communication. Le rapprochement avec Internet porte sur la circulation de l’information ; le roman ne décrit pas un réseau numérique.
Extrait authentique · Le Comte de Monte-Cristo
Alexandre Dumas · texte du domaine public · édition C. Lévy, 1889, tome IV, chapitre LXI. Passage continu, sans réécriture.
Et Monte-Cristo tira de sa poche un autre paquet.
— Voici dix autres mille francs, dit-il ; avec les quinze qui sont dans votre poche, cela fera vingt-cinq mille. Avec cinq mille francs vous achèterez une jolie petite maison et deux arpents de terre ; avec les vingt mille autres, vous vous ferez mille francs de rente.
— Un jardin de deux arpents ?
— Et mille francs de rente.
— Mon Dieu ! mon Dieu !
— Mais prenez donc !
Et Monte-Cristo mit de force les dix mille francs dans la main de l’employé.
— Que dois-je faire ?
— Rien de bien difficile.
— Mais enfin ?
— Répéter les signes que voici.
Monte-Cristo tira de sa poche un papier sur lequel il y avait trois signes tout tracés, des numéros indiquant l’ordre dans lequel ils devaient être faits.
— Ce ne sera pas long, comme vous voyez.
— Oui, mais…
— C’est pour le coup que vous aurez des brugnons, et de reste.
Le coup porta ; rouge de fièvre et suant à grosses gouttes, le bonhomme exécuta les uns après les autres les trois signes donnés par le comte, malgré les effrayantes dislocations du correspondant de droite, qui, ne comprenant rien à ce changement, commençait à croire que l’homme aux brugnons était devenu fou.
Quant au correspondant de gauche, il répéta consciencieusement les mêmes signaux, qui furent recueillis définitivement au ministère de l’intérieur.
— Maintenant, vous voilà riche, dit Monte-Cristo.
— Oui, répondit l’employé, mais à quel prix !
— Écoutez, mon ami, dit Monte-Cristo, je ne veux pas que vous ayez des remords ; croyez-moi donc, car, je vous jure, vous n’avez fait de tort à personne, et vous avez servi les projets de Dieu.
L’employé regardait les billets de banque, les palpait, les comptait ; il était pâle, il était rouge ; enfin, il se précipita vers sa chambre pour boire un verre d’eau ; mais il n’eut pas le temps d’arriver jusqu’à la fontaine, et il s’évanouit au milieu de ses haricots secs.
Lire le chapitre intégral · WikisourceLexique pour entrer dans le texte
- Un arpent : ancienne mesure de superficie.
- Une rente : revenu régulier.
- Un brugnon : fruit proche de la pêche.
- Le correspondant : opérateur du poste voisin.
- Des remords : sentiment de culpabilité après un acte.
Modèle · situer et résumer
Je vais présenter un extrait du Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas. Le passage met en scène le comte et un employé du télégraphe. Le comte lui offre de l’argent pour transmettre trois signes préparés sur un papier. L’employé hésite, puis exécute ces signes. Le poste de gauche les répète et ils parviennent au ministère de l’intérieur. Cette progression rend visible une chaîne de transmission : une décision prise dans un poste peut atteindre une institution éloignée.
Deux personnages occupent le premier plan. Monte-Cristo dirige l’échange et présente un avenir matériel séduisant : une maison, un jardin et une rente. L’employé est attiré par cette perspective, mais ses hésitations montrent qu’il perçoit une difficulté morale. Sa dernière réaction, l’évanouissement, révèle que l’argent ne lui apporte pas immédiatement la tranquillité.
Modèle · analyser les procédés
Le dialogue donne un rythme rapide à la négociation. Les questions courtes de l’employé, comme « Que dois-je faire ? », contrastent avec les explications assurées du comte. Les impératifs et le geste de mettre les billets « de force » dans sa main soulignent un rapport de pouvoir. Monte-Cristo minimise l’acte en le présentant comme facile et bref. Pourtant, la description du corps contredit cette apparente simplicité : l’employé rougit, transpire et finit par s’évanouir.
L’expression « répéta consciencieusement » crée un contraste particulièrement intéressant. Le correspondant de gauche accomplit correctement son travail de transmission, mais cette application ne garantit pas la validité des signes reçus. Le récit distingue ainsi la fidélité technique d’une transmission et la fiabilité de son origine. Enfin, l’appel aux « projets de Dieu » peut se lire comme une tentative de justifier l’acte et de calmer les remords. Cette justification appartient au personnage ; elle ne doit pas être confondue avec une approbation de l’auteur.
Modèle · interpréter et élargir
À mon avis, le passage interroge la responsabilité dans un réseau de communication. L’employé agit sous l’influence de l’argent et d’une promesse de confort. Le lecteur peut comprendre cette tentation tout en observant son malaise. L’opérateur suivant ne connaît pas l’origine réelle des nouveaux signes : il les transmet parce qu’ils arrivent par la voie habituelle. Une chaîne peut donc fonctionner tout en relayant un message détourné.
Je relierais cette scène au thème de l’ingéniosité humaine et à la circulation de l’information sur Internet. Un message partagé avec soin ou très rapidement n’est pas nécessairement vérifié. Cependant, les deux systèmes restent différents : le télégraphe du roman repose sur des postes visibles et des opérateurs, tandis qu’Internet permet des formes multiples de communication. Dans mon pays, je pourrais comparer cette situation à une annonce scolaire relayée sans consulter son auteur. Je proposerais de vérifier l’origine et le contexte avant de transmettre. Le texte m’invite ainsi à distinguer ce que je reçois, ce que je comprends et ce que je choisis de diffuser.
Questions · analyser et discuter
- Que promet le comte à l’employé ?
- Quelle action l’employé doit-il accomplir ?
- Quels indices révèlent son malaise ?
- Comment réagissent les deux postes voisins ?
- Pourquoi « consciencieusement » est-il intéressant ?
- Comment le comte cherche-t-il à calmer les remords ?
- Le dialogue permet-il d’affirmer que l’auteur approuve le comte ?
- Quel rapprochement prudent peut-on faire avec Internet ?
Réponses possibles
- Une maison, deux arpents de terre et mille francs de rente.
- Répéter trois signes préparés par Monte-Cristo, dans l’ordre indiqué.
- Il est rouge de fièvre, transpire, devient pâle puis rouge et s’évanouit.
- Le poste de droite ne comprend pas le changement ; celui de gauche répète les signaux.
- L’application du transmetteur contraste avec le détournement à l’origine du message.
- Il affirme que personne n’a subi de tort et invoque les projets de Dieu.
- Non : la justification est une parole du personnage. Le malaise peut nourrir une lecture critique.
- Une transmission fidèle ou rapide ne garantit pas la fiabilité de l’origine. Il faut aussi expliquer les différences entre les réseaux.