4.4 La diversité linguistique

4.4.1 La langue de Molière

Pia Andersen, écrivaine danoise qui a publié ses romans en français et a choisi le français comme langue d’écriture suggère aux apprenants de la langue de Molière d’ “ apprendre votre langue française “. Le français, deuxième langue apprise et  cinquième langue parlée dans le monde, d’après un rapport rédigé par l’OIF (l’organisation mondiale de la francophonie)  recouvre une réalité variée: les accents, les patois, les dialectes, les jargons, le verlan … il s’agit d’une langue en pleine évolution et cette évolution est rendue d’autant plus intéressante du fait que ce sont les francophones et les francophiles les plus prolifiques. Dans cette unité on va découvrir les origines da cette langue, sa variété et sa place dans le monde.

Le français appartient à la famille des langues indo-européennes qui regroupe des langues tout aussi différentes comme le latin, le français, l’allemand, l’anglais, le russe, le persan, l’espagnol, toutes issues d’une langue parlée par une population qui par vagues successives s’est déplacée en Europe et en Inde entre 6500 et 5500 a.J.C.

Image 4.4.1b – Les langues indo-européennes

En effet ces langues apparemment très différentes présentent des fortes ressemblances :

De fortes ressemblances

De fortes ressemblances
Latin Anglais Allemand Breton
mater mother mutter mamm
frater brother bruder breur
pater father vater tad
sorror sister schwester c'hoar
Russe Persan Français
mat modar mère
brat baradar frère
(atets) pedar père
siestra khalar sœur
www.espacefrançais.com-Histoire de la langue française

Comme d’autres langues européennes le français est en grande partie issu du latin ; en effet, le gaulois avait disparu au profit d’un latin déformé par des mots germaniques et  un accent gaulois dès l’invasion de la Gaule. Les mots qui résistent sont ceux du terroir alors que les mots du commerce sont ceux du dominant roman. De même, étant les premiers rois germaniques, les mots germaniques qui restent sont les mots de la guerre relativement belliqueux.

Le premier texte français dont nous avons connaissance date de 842 et est connu comme Serments de Strasbourg, échangé entre Louis le germanique, de langue germanique, et Charles le Chauve, de langue française, contre leur frère Lothaire, chacun s’exprimant dans la langue de l’autre et non en latin comme d’usage. La France se divisait alors en deux zones linguistiques: le Midi où oui se disait oc appelées par la suite langues d’oc, et le nord où oui se disait oïl définissant ainsi les langues d’oïl. Les dialectes du Nord devinrent prépondérants à cause du centralisme monarchique de Paris et le français en est largement issu.

Au XXVIIe et XVIIIe siècle le français se fixe et en 1635 Richelieu fonde l’Académie française pour donner à la langue plus de pureté et de précision.

4.4.1d

Image 4.4.1d

Le français a aussi emprunté certains mots de l’arabe comme sucre, chiffre, hasard, magasin, goudron, douane, échec…

Pour commencer

screen

Que pensez-vous de cette info-animée ? En savez-vous plus des origines de cette langue que vous avez choisi d’apprendre? Qu’est-qu’ une langue vivante?

Activité 1

D’une langue à l’autre: 15% des mots français sont empruntés d’autres langues notamment l’anglais, l’italien, l’espagnol, l’allemand et l’arabe…
Lisez les mots suivants et retrouvez leur origine à l’aide d’un dictionnaire si nécessaire.

pantalon – sieste – chiffre – hasard – wagon
café – chocolat – zéro – opéra – gilet – sucre – camarade
algèbre – magasin – valse – maïs – balcon – vasistas – alcool
budget – banque – piano – camarade – confetti
chèque - guitare

Connaissez-vous des mots français dans votre langue? Faites des recherches et dites lesquels s’il en existe.

Activité 2

Or la langue change aussi selon les situations auxquelles les locuteurs sont exposés. Il faut adapter le registre de langue à la situation de communication.
On distingue trois niveaux de langue:

  • La langue familière – utilisée surtout à l’oral avec des parents, des amis, des collègues proches.
  • La langue courante – utilisée à l’oral et à l’écrit  dans des situations de communication sociale avec des personnes qu’on connaît peu.
  • La langue soutenue – utilisée à l’oral et à l’écrit dans des situations formelles (un discours, une conférence, une lettre formelle).

Remarquez les différences au niveau du lexique, de la syntaxe, de la prononciation:

Niveau familier Niveau courant Niveau soutenu
Lexique

Mots familiers, abréviations

Un pote

Mots simples et usuels, non spécialisés

Un ami

Mots précis, recherchés, peu usités

Une connaissance

Syntaxe

Les règles de grammaire et sybtaxe ne sont pas toujours respectées
- phrases juxtaposées
- suppression des mots
ajout d'expressions de connivence

tu vois...je te jure...quoi...

- respect des règles de grammaire et syntaxe
- phrases complexes avec effort de structuration

- phrases complexes et structurées
- respect de la concordance des temps

Prononciation

Façon de parler relâchée, débit rapide, mots peu articulés, fin de mots pas toujours prononcées
- e élidé et ne omis

Façon de parler très claire
Mots articulés
Elisions courantes et liaisons obligatoires faites

Façon de parler très surveillée
Débit lent
Mots articulés
Liaisons facultatives faites :

Je n'aurais pas_eu la même possibilité

Appréciez aussi les différents niveaux de langue dans la vidéo:


Et les exemples ci-dessous:

familier courant soutenu
bagnole, caisse voiture automobile
bouquin livre ouvrage
bécane vélo bicyclette
baraque maison demeure
cabot, clebs chien canidé

4.4.1a

Image 4.4.1a

Textes à télécharger

Texte 1
Texte 2
Texte  1 NS 
Fiche texte 1 Word | PDF
Fiche texte 1 NS Word | PDF

4.4.1e

Image 4.4.1e

Lexique thématique

  • niveau de langue
  • familier
  • courant
  • soutenu
  • parution
  • disparition
  • maternelle
  • entourage
  • interlocuteur
  • contexte
  • registre
  • argotique

Théorie de la connaissance

À quelle condition l’apprentissage d’une langue peut-il nous enrichir?
Quelle est l’importance sociale de l’apprentissage d’une autre langue?

4.4.1i

Image 4.4.1i

Profil de l’apprenant

Être communicateur consiste à communiquer à l’oral et à l’écrit tout en identifiant les registres de langue et en l’adoptant à l’occasion selon les circonstances, l’interlocuteur, et l’entourage.

Pour refléchir …

Vous avez décidé d’apprendre une langue étrangère. Pourquoi vous vous êtes décidé en faveur du français?
Avant de répondre, vous voulez peut-être connaître l’avis de deux écrivains d’origine étrangère qui ont choisi d’écrire en français et de renoncer à leur langue maternelle.

Deux écrivains

1. La romancière danoise Pia Andersen a expliqué que le français permet de “ plier les mots dans un sens et dans un autre” et que, contrairement au danois qui s’appauvrit, le français ne fige pas le sens d’un terme et, qu’en cela, cette langue reflète bien la mentalité d’un peuple toujours enclin à contester, interroger, réagir…

2. L’écrivain algérien Yasmina Kadra a répondu qu’il n’a pas vraiment décidé, que ce qu’il voulait c’était écrire, quelle que soit la langue, et qu’au départ il avait commencé à écrire en arabe mais que son professeur d’arabe l’avait critiqué alors que son professeur l’encourageait.

Production écrite

Le proviseur de votre lycée a pris la décision de ne plus offrir le français langue seconde. Rédigez le texte du discours que vous allez prononcer en tant que délégué des élèves devant l’assemblée des étudiants pour défendre l’apprentissage du français.

Point Grammaire

Point Grammaire

Outils pour...
Défendre l'apprentissage du français:
Relater, énumérer, signaler, conclure.

Zoom sur les étapes :

Pour relater les circonstances de sa décision en faveur du français

- J’ai été confronté à la décision sur la langue à apprendre…

- Quand il m’a fallu choisir entre deux langues, j’ai opté pour…

- La question de la langue seconde s’est posée lorsque…
Pour énumérer les avantages du français

- dans ma profession, mes études, j’estime indispensable de savoir s’exprimer…

- Et puis n’oublions pas que parler français…

- Aujourd’hui, maîtriser des langues internationales, il est évident que…

- De plus, en ce qui concerne la question économique…

Pour signaler le plaisir et les difficultés rencontrées

Un des bonheurs que m’apporte la langue française, c’est de …

- Mon objectif, c’était de…

- C’est qui m’a posé le plus de difficulté au début, c’était …

- Il m’est arrivé de douter de…

- J’ai surmonté l’obstacle de … grâce à…

- Puis je me suis aperçu que…

Conclure en se tournant vers l’avenir

- D’ici dix ans j’espère que…

- Voici comment l’avenir du français dans le monde va…

- Les chiffres sont encourageants…et suggèrent que

- Les statistiques nous montrent que …

- La situation est prometteuse…

Texte 1

Des personnages croqués d'un trait: son théâtre est vivant, imagé et à peine outré.
Par Jean Montenot
2007

Langue de Shakespeare, langue de Dante, langue de Cervantès, langue de Goethe ou langue de Pouchkine, ainsi désigne-t-on les grandes langues européennes comme si chaque nation éprouvait le besoin de se choisir un écrivain porte-drapeau. A l'origine, une idéologie résumée par Michelet: «La langue est la représentation fidèle du génie des peuples, l'expression de leur caractère, la révélation de leur existence intime, leur verbe pour ainsi dire.» Ou, plus lapidaire encore, Fernand Braudel: «La France, c'est la langue française.» Et, la vox populi et doctorum d'ajouter: «La langue française, c'est Molière!» Le génie et le caractère français trouveraient leur plus haute expression chez l'auteur de Tartuffe, plutôt que chez Corneille, trop héroïque, ou chez Racine, trop pur, trop poétique. 

Pourquoi Molière? L'expression se répand au XVIIIe siècle. Il est vrai que le théâtre de Molière a été le plus joué dans les cours d'Europe, à l'époque où le français était devenu la langue des élites européennes. En même temps, pour La Bruyère, Fénelon, Vauvenargues et même... Boileau, Molière est un auteur qui bâcle. Mais peut-être est-ce parce que le directeur de troupe, le comédien et l'homme de cour que fut Molière n'avait pas le temps de lécher ses textes qu'il a pu s'affranchir de ce qui pose et pèse chez les puristes. 

La langue de Molière n'est pas celle d'un écrivain mais avant tout celle qui convient pour des personnages de comédie auxquels, le premier, il donna licence de s'exprimer en prose, fût-ce en prose cadencée. «Molière est-il fou?» aurait dit un duc dont Grimarest, un des premiers biographes de Molière, se garde de révéler l'identité, «nous prend-il pour des benêts de nous faire essuyer cinq actes en prose? A-t-on jamais vu plus d'extravagance?» L'extravagant est devenu classique, sa langue une norme, parce qu'elle brise la monotonie induite de l'usage exclusif de l'alexandrin. 

En général, ses personnages parlent la langue de leur condition, celle de ces paysans de comédie articulant un patois de fantaisie, plus rarement un parler régional authentique comme dans Monsieur de Pourceaugnac où une Picarde et une Languedocienne se disputent le héros. Ils parlent le jargon de leur fonction - médecins, apothicaires, philosophes - mêlant français ampoulé et latin de cuisine, avatars de l'éternelle figure du pédant. Celle-là même qui, de nos jours, a élu domicile dans les médias, substituant au jargon des médecins ou des avocats d'antan ce sabir technocratique, lesté d'emprunts à l'anglais, qui fait le charme ridicule de nos businessmen. Les charges de Molière se dirigeaient contre l'affectation des précieux ou des dévots. Son génie a été de faire rire les «honnêtes gens» en stigmatisant les abus et préciosités de leur langage. La langue de Molière est efficace et vivante parce que véridique et imagée. Un contemporain l'accuse même de dissimuler des tablettes dans son manteau pour relever ce qu'il entendait. Toutes les couches d'une société ou presque se retrouvent croquées dans leur manière de dire: des petits marquis de cour singeant les grands, des bourgeois qui, à l'instar du Cléante de L'avare, «donnent furieusement dans le marquis», jusqu'aux pecques de province. On comprend pourquoi on a pu dire que Molière n'avait pas de style propre et en même temps qu'il incarnait la langue française. Il vise juste, tel est le secret de son génie ad majorem linguae gloriam. 

Jean Montenot,”La Langue de Molière”, http://www.lexpress.fr/culture/livre/la-langue-de-moliere_811997.html, publié le 1-2-2007

Texte 2

L’Académie française ouvre ses portes
Alain Beuve-Méry
2015

Il sera le deuxième Noir à siéger à l’Académie française, 32 ans après Léopold Sédar Senghor (1906-2001), élu en 1983. A sa manière, Dany Laferrière, écrivain et journaliste, est aussi un des illustres chantres de la francophonie. Elu au premier tour de scrutin, en décembre 2013, pour succéder à l’écrivain d’origine argentine Hector Bianciotti, dont il est chargé de faire l’éloge, il est reçu, jeudi 28 mai, par l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf.
A travers tous ces auteurs, tous nés sur des continents différents, c’est bien la langue française, pierre angulaire de l’Académie française qui est mise à l’honneur. « A un Franco-argentin d’origine italienne va succéder un Québécois de Haïti, qui sera reçu par un Libanais. Voilà ce que c’est, l’Académie française », a tenu a rappeler l’académicien Jean d’Ormesson, lors de la cérémonie de remise de l’épée qui s’est tenue, mardi 26 mai, à l’Hôtel de ville de Paris.

Ecrivains voyageurs
Depuis trois décennies, l’Académie française s’est ouverte aux vents de la francophonie et aux écrivains voyageurs, venus du monde entier. Né à Port-au-Prince, il y a 62 ans, Dany Laferrière est le fils de l’ancien maire de la capitale haïtienne, contraint à l’exil lorsque le dictateur Jean-Claude Duvalier prend le pouvoir. Comme beaucoup d’Haïtiens, il trouve alors refuge au Québec s’installant à Montréal où longtemps, il a vécu « comme un clochard », travaillant au noir dans des tanneries, avant de connaître un succès fulgurant avec son premier livre, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, publié en 1985.

Jeudi, Dany Laferrière sera, en effet, le premier écrivain québécois à être reçu sous la coupole. Il occupera le fauteuil n° 2. Parmi ses illustres prédécesseurs, figurent notamment Montesquieu, l’auteur de De l’Esprit des lois et des Lettres persanes, mais aussi Alexandre Dumas fils, l’auteur de La Dame aux camélias, fils du romancier le plus prolifique du XIXe siècle, entré depuis au Panthéon, descendant d’une esclave mulâtre de Saint-Domingue. Pourtant, pour l’auteur de Je suis un écrivain japonais (Grasset, 2008), cela serait une grave erreur de réduire un écrivain à son origine. Dany Laferrière ne s’est jamais enfermé dans l’étiquette de « l’écrivain noir »

Un remarquable antidote à l’ennui
Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, Dany Laferrière est surtout un remarquable antidote à l’ennui. Plusieurs de ses livres sont consacrés à sa terre natale. Dans L’Odeur du café (1991), il rend un hommage vibrant à sa grand-mère, une femme cultivée qui lui a inculqué l’amour de la littérature et de la poésie. Présent sur place, le 12 janvier 2010, lors du terrible tremblement de terre qui a frappé Haïti, il raconte dans Tout bouge autour de moi (Grasset, 2011) le silence qui suit la catastrophe humaine.

De lui, son éditeur chez Grasset, Charles Dantzig, dit que ce qui le caractérise, c’est « sa grande élégance de forme ». Son humour, sa distance et sa poésie sont effet au cœur de sa manière d’écrire. Il a reçu le prix Médicis 2009 pour L’Enigme du retour (Grasset), qui raconte son retour en Haïti après la mort de son père. Ecrit en alternance en prose et en vers libres – d’où une très grande musicalité –, c’est un roman à la fois sur la famille, l’exil, l’identité et le temps qui passe.

Texte 1 NS

Pourquoi la cave de ma mémoire, où habitent deux langues, ne se plaint-elle jamais ? Les mots y circulent en toute liberté et il leur arrive de se faire remplacer ou supplanter par d’autres mots sans que cela fasse un drame. C’est que ma langue maternelle cultive l’hospitalité et entretient la cohabitation avec intelligence et humour. Ainsi que de fois il m’est arrivé en écrivant d’avoir un trou, un vide, une sorte de lacune linguistique. Je cherche l’expression ou le mot juste, mot parfois banal et je ne le retrouve pas. La langue arabe classique ou dialectale, vient à mon secours et me fait plusieurs propositions pour me dépanner. Ces mots arabes, je les écris dans le texte même en attendant que ceux qui m’ont lâché reviennent. C’est une question d’humeur, de fatigue ou d’errance. Oui, il m’arrive de céder à une errance dans l’écriture, comme si j’avais besoin de consolider les bases de mon bilinguisme. Je fouille dans cette cave et j’aime que les langues se mélangent, non pas pour écrire un texte en deux langues mais juste pour provoquer une sorte de contamination de l’une par l’autre. C’est mieux qu’un simple mélange; c’est du métissage comme deux tissus, deux couleurs qui composent une étreinte d’un amour infini.

Cette situation est simplement fabuleuse. Personne ne peut affirmer que cette Appartenance à deux mondes, à deux cultures, à deux langues n’est pas une chance, une merveilleuse aubaine pour la langue française. […]

Dès l’école primaire je me suis trouve face aux deux langues, joyeusement confronté à deux tribus de mots, à deux maisons, l’une plus vaste que l’autre, mais toutes deux hospitalières, aérées, spacieuses avec quelques trésors cachés sous le marbre ou le zelligue taillé par des artisans talentueux. Mon père craignait que le français ne l’importe sur l’arabe, ma mère qui ne savait ni lire ni écrire, me disait: “ Apprends toutes les langues, le principal c’est que t continues à me parler en arabe dialectal! ”

Mes premiers poèmes, je les ai écrits tout naturellement en français parce que je venais de lire Les yeux d’Elsa de Louis Aragon et que j’avais été bouleversé par ces poèmes largement inspirés de la poésie amoureuse des Arabes d’Andalousie. […] Depuis j’ai découvert les surréalistes, et là, je savais que la langue française serait celle que j’utiliserais pour tout dire. Je en sais pas si j’ai tout dit, mais le français me donne une liberté, une jouissance qui m’enchantent et fouettent avec une belle énergie mes pensées les plus enfouies.

C’est cette même liberté qui règne dans ma cave. Elle permet aux mots de deux langues de se toucher, de s’échanger et même d’émigrer.

Tajar Ben Jelloun, Pour une littérature-monde, Gallimard, 2007